[COVID-19] Solidarités intergénérationnelles

Le Monde diplomatique de juin 2013  rappelait ces propos de Simone de Beauvoir, datant de 1970 : « Les vieillards sont-ils des hommes ? À voir la manière dont notre société les traite, il est permis d’en douter…elle les condamne délibérément à la misère, aux taudis, aux infirmités, à la solitude, au désespoir ». Cinquante ans après, le « vieillard » a disparu de notre langage commun, mais, pour le remplacer, nous hésitons entre plusieurs termes peu satisfaisants, dont le plus répandu est une « personne âgée » qui, avec l’avancée en âge, a comme caractéristique d’être de plus en plus un objet de soin et de moins en moins une personne, qui « n’a plus sa place sur terre » disait aussi Simone de Beauvoir.

Plus la vieillesse s’accuse, moins elle a de sens, jusqu’à n’être plus qu’un monde « d’inutiles » qu’il n’y a plus qu’à cacher en attendant qu’ils s’effacent définitivement. A défaut de servir à quelque chose, nos personnes âgées peuvent toujours apprendre à « bien vieillir ». Hélas, le « bienvieillissement » n’est qu’un leurre qui confine majoritairement la vieillesse dans la seule vision médicale des aspects biologiques de la sénescence.

Le « bien vieillir » aide peut-être à distinguer entre le bien et le mal, ce qui est quand même suspect, mais il n’est d’aucun secours pour apprendre à vieillir. Et pour nous référer une dernière fois à Simone de Beauvoir, toujours dans le même texte, nous maintiendrons que la vieillesse est, aujourd’hui encore, « un secret honteux et un sujet interdit » qu’il est « préférable de radicalement ignorer ».

C’est dommage pour une société qui se veut « inclusive », mais qui n’a plus les mots pour trouver du sens à la dernière période de la vie. Il y a bien longtemps, en fait, que nous avons confiné nos vieux derrière ce vide de sens et de mots, bien plus sûrement que derrière les murs de l’Ehpad.

La solution ?

Nous proposerions, cette fois, de nous référer au poète. Il faudrait, à son invitation, « céder l’initiative aux mots », afin qu’« ils s’allument de reflets réciproques comme une virtuelle traînée de feux sur des pierreries… ». Il faudrait ouvrir la porte à l’imagination, aux images et aux scénarios que portent notre culture pour retrouver, créer une fonction de la vieillesse, pour refaire société avec nos vieux, peut-être en commençant d’abord, très simplement, par les entendre et les écouter, sans masques, ni pour eux, ni pour les plus jeunes. 

Jean Bouisson,

Président de « Vivre Avec – Solidarités intergénérationnelles »

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